Le monde de l’éducation
En arrivant dans l’enseignement, je me suis prise une claque. Ce monde que je m’imaginais ouvert et tolérant, de par la communication quotidienne avec les enfants et les parents, empli de professeurs ayant un idéal commun de réussite pour tous, se révèle en fait être un monde d’apparence, de bien pensant, et plus encore d’hypocrisie. Attention, je ne généralise pas, il y a probablement ici et là des professeurs qui ne rentrent pas dans ce moule et qui comme moi doivent se sentir bien seuls dans leurs écoles, mais voilà maintenant quatre ans que j’erre de classes en classes, et j’en suis arrivée à élaborer un archétype du professeur des écoles du XXIe siècle.
Le professeur des écoles du XXIe siècle est avant tout UNE professeur des écoles, généralement mère de famille, âgée entre 30 et 50 ans, embrassant les idéaux alter-mondialistes et la culture bobo. Les plus expérimentés sont le plus souvent blasées par l’enseignement, les plus jeunes peuvent se classer en deux catégories : les sans-enfants qui n’attendent que le week-end pour faire la fête, et les mamans qui ne pensent qu’à une chose: rentrer chez elles.
Niveau pédagogique, les dégâts de l’IUFM se font généralement sentir, et l’idée que l’enfant doit construire lui-même son savoir est LA méthode miracle utilisée dans toutes les écoles. Les élèves doivent être bichonnés, ne surtout pas les contraindre, trouver le maximum de moyens détournés et amusants pour leur apporter un minimum de connaissances. Les notes sont bannies et remplacées par des smileys plus ou moins contents, des lettres ou des appréciations, des moyens là encore détournés pour ne surtout pas appeler un chat un chat et mettre un pied dans la réalité pour ces enfants comme leurs parents.
Le plus hypocrite, et le plus scandaleux je pense, c’est que les professeurs des écoles ont l’illusion de se remettre sans cesse en question dans l’intérêt des élèves, je dis bien l’illusion car à bien y regarder, la remise en question revient systématiquement à l’éducation apportée par les parents. Les enseignants semblent ainsi détenir le secret de l‘Education, et malheur à qui oserait remettre en cause cette prérogative.
Pour survivre dans ce monde, il faut donc réfréner ses bas instincts réactionnaires de peur de passer pour un ennemi infiltré, et se fondre dans le discours ambiant : TF1 mais quelle merde, par contre le dernier film turquo-iranien quel chef-d’oeuvre! As-tu goûté ces derniers mets en provenance direct du Nicaragua, c’est autre chose que du William Saurin! Et ce morceau du groupe Saving the World, Peace and Love, magnifique les sons africo-indiens, n’est-ce pas! Tiens et ce week-end je me suis tricotée ce superbe sac en laine de lama, il va bien avec mon poncho, non?
Je grossis les traits mais pas tant que ça finalement, il est impossible de se révéler différent sans être systématiquement jugé par ses collègues, un jugement hautain et évidemment définitif, puisqu’il n’existe réellement qu’un seul monde dans l’éducation : le leur!
Posted: décembre 20th, 2009 under EN : l'envers du décor.
Comments
Comment from Cally
22/12/2009 at 11:58
En fait, c’est pas un nouveau concours accès théorie qu’il faut faire pour recruter les profs, c’est un encartement au PS section Bobo/Rive Gauche…
Comment from Alazaïs
21/12/2009 at 16:45
Ha ha ! Les profs, tous des intello écolo bobo ! Ceci dit, je ne pense pas que ce soit spécifique aux profs, ça me paraît un truc assez répandu dans les milieux culturels / vaguement intellectuels / en rapport avec l’éducation.
On est pas hype, c’est tout. Comme c’est triste…